Excellences Messieurs les Anciens Présidents,
Messieurs les anciens Premiers ministres et ministres,
Monsieur le Président de l’Institut,
Distingués invités,

En vos rangs, grades et qualités,
Tous protocoles observés,
Mes premiers propos seront pour remercier les responsables de l’Institut qui m’ont fait l’honneur de m’inviter à ce 15è forum.
Acceptez également que je salue chaleureusement toutes les participantes et tous les participants.

Mes salutations déférentes vont à l’ensemble des membres du panel qui prendront la parole ici. Salutations déférentes, bien évidemment, à leurs Excellences Goodluck Jonathan, ancien président de la République Fédérale du Nigéria, et Vaclav Klaus, ancien président de la République tchèque. A l’Institut pour le Dialogue des Civilisations, partie invitante, je voudrais adresser tous mes encouragements.

Il en est à son 15è forum. Il est à pied d’œuvre depuis 2002, sur un front qui n’est pas aisé: celui du dialogue entre les hommes, pour le confort de la planète.

A tous les panelistes de mon groupe, je voudrais dire combien je suis heureux d’être en leur compagnie, d’être, comme le veut l’esprit de ce Forum, en dialogue avec eux.

Sur ce panel ceux qui nous font l’honneur de suivre nos échanges et nous mêmes, venons différents, de continents différents. Nous sommes pourtant rassemblés ici, sans distinction de races, de religions, de genre ou d’âge.

Une belle diversité qui augure bien de la nature et de la qualité du dialogue que nous allons avoir, le dialogue des semblables, celui des pays, celui des continents pour un seul et unique objectif: avoir en partage une planète, un monde où il fait meilleur vivre. Et le thème proposé à nos débats, à savoir « Multipolarité et dialogue, développement régional et mondialisation : imaginer les futurs possibles » est à la fois vaste, ardu et pertinent. Nous l’aborderons certes mais nous ne l’épuiserons pas. Peut-être même, par moments, donnerons-nous le sentiment d’enfoncer des portes ouvertes. Qu’importe, si cette méthode Coué est pour sauver ce qui peut encore l’être ! Qu’importe si nous arrivons à chasser en nous la part de la bête et de réhabiliter la part de l’humain ! De toute façon, nous ne sommes pas à la recherché exclusive de l’originalité car, nous le savons, la vie de milliards de femmes et d’hommes n’a rien d’original. Car nous devons aussi, à n’en pas douter utiliser les expériences des uns et des autres.

Au contraire, notre démarche est une quête laborieuse pour la survie de centaines de millions d’individus ; elle est faite de routines, de courtes lueurs, parfois, de désarrois prolongés, souvent ; de manques criards en certains endroits, de surabondance en d’autres, de pain pour les uns, de faim pour les autres et de peurs légitimes face à des assurances factices ou à des menaces réelles.
Pourtant, c’est la même planète. Nos destins sont solidaires. Ils ne sauraient être solitaires. C’est pourquoi il importe que le débat sur la trajectoire de l’humanité soit maintenu, vulgarisé. Il se doit d’être inclusif. Il doit avoir lieu dans les palais, dans les officines, dans les usines, dans le métro comme dans les champs. Il est essentiel que l’homme se remette en cause, qu’il pense davantage à son prochain et surtout qu’il médite l’angoisse de Baudelaire, c’est-à-dire cette tragique fatalité à être à la fois« la plaie et le couteau, le bourreau et la victime ».

Mesdames et Messieurs, l’exemple dont je voudrais vous entretenir pour illustrer la pertinence du thème qui nous réunit ici est celui de mon pays. Pour certains observateurs il s’agissait d’un problème Touareg, pour d’autres, d’un problème de gouvernance et d’un problème politique et pour le plus grand nombre il y avait un problème sécuritaire. Mais tous pensaient qu’il s’agissait d’un problème malien que les maliens eux-mêmes, au besoin la CEDEAO ou à la limite l’UE devait résoudre avec peut être leur soutien financier.

Mais ils n’ont pas compris que l’on n’occupe pas les 2/3 d’un pays sans arrière pensée. Ils n’ont pas vu qu’une menace plus grave pour l’existence de notre Pays était venue se greffer à celle des irrédentistes et autres trafiquants de drogue.

Mais surtout, ils n’ont pas compris qu’au Mali, Al Qaeda, Boco Haram et autres Islamistes forcenés n’étaient qu’un tentacule du Monstre dont le dessein véritable n’était pas de défendre l’Islam, mais de détruire la civilisation actuelle et de nous ramener au moins quinze siècles en arrière. Que la menace était en fait une menace planétaire financée par une coalition bien connue et dont ne pouvait venir à bout qu’une autre coalition.

En fait l’objectif était de créer au nord du Mali un sanctuaire dans lequel ils pourraient se développer, s ‘équiper et s’entrainer pour se projeter ensuite dans d’autres pays et dans d’autres continents.

Cette coalition salvatrice ne pouvait s’obtenir que par le dialogue. Le dialogue au sein de la CEDEAO, le dialogue au sein de l’UA, le dialogue avec l’UE avec en avant garde la France de François Hollande, le dialogue enfin avec les Nations Unies.

C’est ce dialogue qui a permis aux uns et aux autres de comprendre qu’en aidant le Mali en réalité ils s’aidaient eux mêmes et se battaient pour la préservation de la civilisation humaine.
Une ligne rouge a été ainsi définie qu’en aucun cas les djihadistes ne devaient franchir en attendant que les Nations Unies ne prennent toutes les résolutions et les dispositions nécessaires.

Mais les djihadistes, maîtres du nord du Mali et fort de leurs conquêtes faciles ne tardèrent pas à décider d’occuper tout le Mali avant de semer la terreur dans la sous région, en Afrique, en Europe et dans le reste du monde.

Le Mali n’était que l’un des théâtres d’opération.

Leur cible, c’est la démocratie, c’est la civilisation que nous avons en partage ; la liberté à laquelle nous sommes attachés, l’Etat comme nous le voyons, le respect des droits de l’homme.

Leur projet, n’est pas celui de mettre en relief l’islam des lumières, l’islam d’amour et de solidarité, mais un islam des ténèbres, l’islam « takfiriste » qui est celui de l’égarement contre l’islam « tanwiriste », celui de la rédemption.
L’ambition satanique de ces illuminés qui se tuent en tuant, c’est de détruire nos normes et nos valeurs parce que pour eux l’impasse et l’absurde sont le salut.

Donc les combattre au Mali, au Niger, au Nigeria, au Cameroun c’est freiner leur projet d’expansion contre l’occident car Maiduguri, Kidal, Mossoul sont du même tenant que le Bataclan ou Barcelone.

C’est pourquoi en tant que chef de l’Etat, j’ai pris la décision de solliciter l’assistance internationale et celle en particulier de la France de François Hollande. François Hollande à qui je rends hommage ici et qui a été parmi les premiers à comprendre le caractère planétaire de la menace et sa nature réelle.

La suite vous la connaissez, Mesdames et Messieurs.

Le but de mon propos était de montrer combien le dialogue peut aider à une compréhension partagée de la vraie nature des menaces et combien le dialogue peut mener à une mutualisation de nos moyens et à des actions communes salvatrices.

Ce que je veux dire c’est que le dialogue peut permettre de prévenir et d’épargner bien des tragédies à notre monde globalisé d’aujourd’hui, si petit et si interférant avec lui-même.

Mesdames et Messieurs, chers amis

Je souhaite ainsi faire remarquer et soumettre à votre sagacité, à notre débat le fait suivant : qu’il s’agisse du djihadisme avec Aqmi, Boko Haram ou Daesh ou qu’il s’agisse de toutes autres forces rétrogrades tendant à compromettre la paix et le développement, ils tirent en grande partie leur force de la perversion de trois grands acquis universels:

1. La révolution technologique qui a démocratisé le GPS et le téléphone cellulaire.

2. La mondialisation qui a créée une nouvelle citoyenneté : le citoyen du monde qui est à l’aise à Los Angeles comme à Bangkok et qui a de plus en plus de droits et moins en moins de devoirs.

3. Les intégrations régionales, avec comme pierre angulaire, la libre circulation des biens et des personnes qui fait que les mêmes illuminés peuvent frapper Bruxelles après Paris, Ouagadougou après Bamako.

Mesdames et Messieurs, chers amis

La victoire de la civilisation sur l’obscurantisme est certaine mais elle prendra du temps, et ce temps dépendra de la qualité du dialogue que les cultures et les civilisations noueront entre-elles.

Ce dialogue devra être sans complexe. Un dialogue authentique et permanent qui doit déboucher sur une obligation de mutualisation des moyens de solidarité et de partage.

Car si nous ne partageons pas dès maintenant, nous courons au suicide.

Parce qu’il n’est pas durable un monde qui ne laisse rien aux générations futures, qui dilapide le capital collectif par son consumérisme insouciant. Il n’est pas durable un monde où l’autre moitié ne mange pas à sa faim, où l’autre moitié n’a pas d’accès à l’école, où l’autre moitié vit dans un désert médical, sans alternative sérieuse aux hordes migrantes qui se bousculent aux portes des nantis si elles ne finissent pas leur aventure aux fonds des mers. Oui, un monde où chacun devrait se cloitrer et se recroqueviller sur lui-même n’a pas d’avenir.

Par ailleurs, Mesdames et Messieurs, l’impératif de gouvernance intègre des ressources n’est pas négociable, car c’est elle qui permettra de bâtir les infrastructures par lesquelles les pays démunis s’émanciperont demain. Cependant cet impératif ne peut pas cacher l’égoïsme révoltant voire l’absurdité d’une situation où une dizaine de nantis, comme le révèle un rapport d’Oxfam, s’accaparent les richesses de la planète.

Là encore, le dialogue autour de la solidarité et du partage sont les conditions de notre survie en tant que planète. Les voies de ce dialogue ne doivent donc pas être obstruées par l’égoïsme des uns et la non-confiance des autres. Et dès lors, c’est la confiance qui est à reconstruire. Car elle nous fuit alors qu’elle constitue le capital majeur, le lien, voire le liant entre les fils d’Adam. Lesquels sont les mêmes partout en raison du même sang rouge qui coule dans leurs veines, qu’ils soient noirs, blancs ou jaunes, d’Afrique, d’Europe, d’Asie, d’Amérique ou d’Océanie. Ici, à Rhodes, vous le comprenez, nous le comprenons. Nous sommes tous conscients de la nécessité de nous ressaisir.

Il reste alors à faire en sorte que nos travaux trouvent un plus large écho dans le monde, et que ce forum soit un forum qui aura contribué au nécessaire sursaut de la planète, au dialogue des sociétés pour une humanité repensée. Merci pour votre attention.

 

An English language translation of this speech is available here.