Février 1917, l’échec de la révolution russe

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La révolution de février qui débute le 23 février 1917 (8 mars, selon le calendrier grégorien) marque la chute de l’empire russe et de la dynastie des Romanov mais pas la fin de l’autoritarisme.

Février 1917 : la colère gronde au sein de l’immense empire russe. Les défaites militaires ont affaibli le prestige de Nicolas II, surnommé « le Pacifique » par ses contemporains. Ici et là, éclatent des grèves, des soulèvements, des rébellions : les paysans contre les propriétaires fonciers, les minorités contre Moscou, les libéraux contre l’aristocratie. La faim et la misère ont contraint des millions de personnes à se déplacer pour assurer leur survie.

« La Russie est une poudrière »

Après trois ans de guerre, « la Russie est une poudrière », observe Peter W. Schulze, spécialiste de la Russie à l’Institut de recherche Dialogue des civilisations à Berlin. Le 23 février, pour la Journée internationale des femmes, des étudiantes, des employées et des ouvrières allument la mèche de la révolution en défilant au centre-ville de Petrograd (Saint-Pétersbourg). « Du pain et du travail », scandent-elles, pacifiques.

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Les ouvriers des énormes usines de la capitale s’en mêlent. La contestation s’étend, les slogans se radicalisent. L’empereur fait donner la troupe qui tire. Le gouvernement proclame l’état de siège et dissout la Douma (l’assemblée législative). L’insurrection aurait pu s’arrêter là si deux régiments d’élite ne s’étaient pas mutinés contre le régime. Soldats et ouvriers fraternisent. Petrograd tombe entre les mains des insurgés.

Ils créent aussitôt le soviet (ou conseil) des ouvriers et soldats de Petrograd auxquels se rallient les socialistes-révolutionnaires, les bolcheviks et les mencheviks (marxistes, partisans d’une révolution par étapes). Après de longues tractations, les révolutionnaires reconnaissent la légitimité d’un gouvernement provisoire confié au prince Lvov et constitué d’une majorité de conservateurs libéraux.

Débats enfiévrés sur l’avenir du pays

Le 2 mars, deux émissaires se rendent auprès du tsar, au quartier général des armées du Nord, à Pskov. Nicolas II ne fait aucune difficulté : il abdique le soir même, soulagé d’être délivré d’une charge trop pesante. Son frère renonçant à le remplacer, l’empire s’écroule sans résistance. C’en est fini de la dynastie des Romanov. Une semaine après les premières marches, la révolution a vaincu au prix d’un nombre limité de victimes.

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Le tsar déchu, deux autorités se retrouvent face à face : le gouvernement provisoire et le soviet des ouvriers et des soldats, lui-même divisé entre diverses tendances socialistes. Le premier renonce à organiser des élections qui lui auraient donné une légitimité démocratique, au nom de la poursuite de la guerre. « Faiblement réformiste, il se montre incapable de mettre fin au conflit ou d’offrir des réformes pour satisfaire les paysans », rappelle Peter W. Schulze.

Dans les mois qui suivent, les débats enfiévrés se multiplient sur l’avenir du pays. De retour en avril, Lénine exploite habilement la prolongation de la situation révolutionnaire pour saper la légitimité du gouvernement provisoire, gagner les cœurs de la base et imposer le courant bolchevik, jusque-là très minoritaire, au soviet de Petrograd. « Sans Lénine, les bolcheviks n’auraient jamais triomphé », assure l’historienne Catherine Merridale (1).

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La révolution d’Octobre, l’horrible guerre civile, puis le triomphe de l’Armée rouge enterrent définitivement les promesses de ce mois de février 1917. La Russie a-t-elle raté le train de la démocratie ? À voir. « Le pays était trop polarisé, ses problèmes trop profonds, poursuit Catherine Merridale. La guerre maintenait une pression écrasante peu propice au débat démocratique. L’industrie était sous tension. Le front s’effondrait. Les conditions qui prévalaient cette année-là en Russie étaient extrêmement défavorables à l’émergence d’une démocratie. »

Olivier Tallès